2002 Bernard Parmégiani - Questions de temps ?

Cézame-C.M.G. #10 Cd

Capture ro3 remix

...«J’ai construit cet album comme un libre voyage dans le catalogue entier (de 1961 à 2001 !) de Bernard Pamegiani. Ce qui frappe d’emblée à l’écoute de ce parcours, c’est la réelle correspondance des oeuvres entre elles, et leur lien immédiat avec les productions les plus actuelles des musiques électroniques populaires. Pop’ecletiq semble fait par sampling, en phase, hors phase ressemble au début d’une rave techno, plain-temps pourrait aisément s’insérer dans un programme «ambient».
C’est d’ailleurs ce qu’ont saisi les deux dj remixeurs convoqués ici pour rendre hommage au précurseur, nem et rom, qui s’en sont donné à coeur joie sous la surveillance un peu inquiète du créateur (plages 19 pour nem et 22 pour rom).
Force est de constater qu’un créateur authentique est toujours un peu en avance, et que ce n’est qu’une question de temps... Mais les seventies n’étaient-elles pas elles-mêmes totalement en avance sur leur temps ? En ce cas, Parmegiani n’aurait-il pas fait plus que capter mieux que les autres le véritable esprit du temps ? ...»

Un cheval dans le vocodeur, extrait (Par Denis Levaillant directeur artistique du cabinet de musique généraliste)


Typologie et Morphologie sonore Analysé par Eric De Andrade,
Université de Montréal 2007 :

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...Un soir d’écoute aléatoire, une des pièces a retenu mon attention. « Quelle est cette musique archi simple mais avec des sons incroyables et un beat funky? »
J’avais de la difficulté à croire que c’était une oeuvre de Parmegiani (du Triphop / abstract hip-hop?), mais une requête Internet ne m’a pas permis d’en apprendre plus à part l’existence du disque "Questions de temps.
J’ai décidé de réécouter le disque à nouveau et d’en faire une écoute approfondie. J’ai réalisé après quelques écoutes que « le temps présent 1 » était réalisé avec quelques uns des mêmes matériaux que le « temps présent 4 », « le temps remue 1 » et « le temps et l’espace 1 ». Des échantillons tissaient ensemble les pièces, mais je demeurais toujours sceptique de l’origine de certaines d’entre elles. Malgré le fait que l’information historique ne m’étais pas disponible, j’appréciais tout de même souvent les écoutes!...

Le remix :

Pour créer Capture, Romuald Tual a échantillonné quelques sons de la pièce Capture Éphémère (11:57) de Bernard Parmegiani, une oeuvre qui date de 1967. Dans ce remix se retrouvent plusieurs autres sons dont l’origine m’est inconnue. Les échantillons de Capture ont été pris 7 minutes dans la pièce de Parmegiani, sur une durée d’environ 20 secondes à un endroit où la pièce change de caractère.

À l’origine, ces sons se présentent une à la suite de l’autre avec quelques réitérations. Dans le remix, elles ont été répétées et empilées pour créer une composition ayant plus de rythmique et un lieu plutôt statique. Tout de même, cette base rythmique est continuellement fracturée pour créer des effets de rupture et de déstabilisation chez l’auditeur. Les échantillons, malgré leur répétition, changent de rôle à plusieurs reprises, ce qui rend cette pièce extrêmement intéressante d’un point de vue typomorphologique car le même échantillon prend différentes fonctions tout au long de la pièce.

La forme de Capture se divise en trois unités principales dont lesfrontières sont définies par des instants de silence, d’événements nouveaux et dramatiques. Les rapports entre les unités semblent être basé sur la section d’or (un ratio de 1.61 entre les sections ab et les sections abc). Un indice de l’utilisation de la section d’or est le fait que les échantillons proviennent à la section d’or de la pièce de Parmegiani (11 :50 / 7 :10 = 1.6).
Les sous unités semblent aussi répondre à ce ratio, avec des événements importants aux endroits en fonction du ratio. Tout de même, il y a plusieurs événements qui ne s’inscrivent pas dans cette logique, faisant preuve d’une volonté de faire une pièce bien formée qui ne se limite pas à des idées mathématiques.


Analyse Fonctionnelle

Unité 1 (0 :00 – 1 :07)
L’introduction (unité 1.1.1.) de la pièce utilise trois couches de matériaux (Y’’, X et E) pour préparer au déclenchement de la matière première de la pièce (unité 1.1.2), engendrée par un son Y’. L’unité 1.1.2 repose principalement sur une série de basses (W, figure) légèrement différents en fréquence et continuellement panoramisés de gauche à droite (dans une séquence gg dd dd gg) sur lesquels se superposent des trilles (Y’’, premier plan) et un glissando (Y, appui) panoramisés du côté opposé des basses fréquences.
À cela s’ajoute l’unité 1.1.3 constitué de sons de billes qui roulent (E, indice, accompagnement) à une certaine distance au centre. L’échantillon de billes est le seul son de type « indice » dans la pièce puisqu’il réfère à une source concrète identifiable.
Cette unité se termine par une dispersion du son de billes et une suspension des basses, faisant place à un silence (1.2.1) qui crée une mini parenthèse, car aucune nouvelle direction n’est proposée, avant un élément de transition (unité 1.2.2) formé par une trille (K, figure, transition) et le retour du son de billes (E, appui, imitation, accompagnement). La matière première de la pièce est à nouveau déclenchée (unité 1.3.1) avec au plan de fond des basses en saut d’octaves (P, fond).
Lorsque des échantillons de l’introduction se rajoutent (unité 1.3.2), des rétentions se font percevoir dans la matière première. Cette section est interrompue par un son dramatique d’ « écrasement» (W, interruption) qui débute l’unité 2.

Unité 2 (1 :07 – 2 :07)
Débutée par l’ « écrasement » (W, interruption, extension, prolongement) qui va se perpétuer, l’unité 2, caractérisée par l’absence de la « matière première » qui se retrouvait dans l’unité 1.1.2, est parsemée d’articulations (unité 2.1.1) qui se retrouvaient à l’introduction. À cela s’ajoute (unité 2.1.2) un son très aigu (Zy, Axe polarisateur complexe, transition), une trame harmonique distante (T, figure, parenthèse) et en accompagnement les basses octaviés (unité 2.1.3).
Cette parenthèse (unité 2.1.2) se termine par une rupture causée par le retour du son d‘ « écrasement » (W, rupture, dispersion, annonce). L’unité 2.2.1 est une transition tranquille avec trois éléments superposés: le son aigu (Zy, figure, transition), une masse filtrée (W, appui, réitération) et les basses octaviés. Les sons articulés (unité 2.2.2.) viennent ajouter du mouvement avant de passer à l’unité 2.2.3 (un rappel de l’unité 2.2.1) qui contient une masse harmonique et quelques sons de l’introduction qui anticipent le déclenchement de l’unité 3.

Unité 3 (2 :07 – 3 :50)
L’unité 3 débute avec la matière première de la pièce (unité 1.1.2), mais avec en plus les fréquences aigus et le son filtré (unité 3.1.1). Par contre, la séquence est rapidement déroutée (unité 3.1.2) par le son d’ « écrasement » (W, antagonisme, anticipation, rupture) qui finit par rompre la séquence au deuxième coup.
Un court instant de silence est rapidement ponctué par un son normalement associé à la matière première (unité 3.2.1.) et des articulations, avant de recommencer un dernier déclenchement. La dernière exposition complète de la matière première (unité 3.2.2) est accompagnée d’une ascension de fréquences aigues scintillants (A, mouvement, appui, dispersion) qui se dispersent.
Lors de la dispersion, les fréquences graves sont affectées d’un effet de rétention et se désagrègent rythmiquement peu à peu. La masse harmonique fait un dernier retour (3.2.3) avant de se dissiper pour laisser place à une variation d’articulations et la deuxième ascension de fréquences aigues scintillants (3.3). La conclusion de la pièce se réalise sur les articulations qui baignent dans une réverbération.

Remixes

Doumka Clarinet Ensemble, Y.Micenmacher - La Coquille et le Clergyman (2004)
Signature (Radio France) #11015 Cd 2004
Bernard Parmégiani - Question de temps ? (2002)
Cézame-C.M.G. #10 Cd 2002
Ailleurs / Out there (1999)
Cézame-C.M.G. #6 4019 Cd 1999